Genève : une tabatière volée refait surface

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Genève : une tabatière volée refait surface

Message  Christiane le Mar 20 Nov - 21:34

Source : Tribune de Genève (20.11.2018)
Retour épique au MAH d’une tabatière volée
Le cambriolage du Musée de l’horlogerie, en 2002, reste un traumatisme pour les Genevois. Après seize ans, les pièces précieuses refont surface.

«Vous l’avez préservée.» Rarement message aura traversé le temps avec une si délicieuse ironie. Gravée dans l’or de la tabatière dite «de Sonnenberg», l’inscription s’affiche aujourd’hui dans une vitrine du Musée d’art et d’histoire (MAH). L’objet précieux, fabriqué en 1815 sur commande des dames de la bourgeoisie de Genève, fut offert au colonel Louis de Sonnenberg en témoignage de leur reconnaissance. Le militaire lucernois n’a-t-il pas empêché le retour des troupes napoléoniennes sur le sol genevois et donc «préservé» la ville?

L’exquise tabatière, chef-d’œuvre d’émaillerie représentant Genève vu de Pregny – on reconnaît la cathédrale, le lac, le Môle et le Mont-Blanc – et d’habileté technique – elle contient une boîte à musique jouant deux airs patriotiques suisses, «Le ranz des vaches» et «Enfants de Tell soyez les bienvenus» – pouvait se plaindre jusqu’à l’an dernier que Genève, elle, ne l’avait pas préservée…

Casse du siècle pour Genève

En pleine nuit, le 24 novembre 2002, quatre ou cinq malfrats, équipés d’un camion à pont plat volé, sur lequel ils ont soudé un tube en acier, défoncent la porte du Musée de l’horlogerie, à la route de Malagnou. Fracassent à l’aide de barres de fer et de pieds de biche les vitrines d’exposition de la collection permanente. Endommageant certaines pièces, ils s’emparent de 174 objets de très grande valeur – montres, horloges, bijoux et miniatures en or, émail et pierres précieuses. Et prennent la poudre d’escampette.

À ce jour, les auteurs du casse qui a traumatisé les Genevois sont toujours dans la nature. Mais leur butin refait surface. Seize ans ont passé. Les voleurs – ou leur commanditaire – se croyant à l’abri, commencent à distiller au compte-gouttes les trésors planqués on ne sait où. Mais à Genève, Estelle Fallet veille. La conservatrice en chef des collections d’horlogerie, de bijouterie, d’émaillerie et de miniatures du MAH guette chaque jour depuis son engagement, en 2004, les objets mis sur le marché par les maisons de ventes aux enchères. Elle scrute les sites internet. Active ses réseaux.

«En janvier 2017, une collègue travaillant dans une maison de ventes de Londres m’appelle: un revendeur est venu leur proposer une tabatière genevoise…» raconte Estelle Fallet. Sotheby’s refuse la pièce et alerte Interpol. La procédure de saisie-restitution s’enclenche. La conservatrice du MAH en profite pour réclamer une autre pièce, volée en 2002: «En ouvrant le catalogue d’une maison milanaise, en 2009, j’ai immédiatement reconnu une ravissante boîte de montre octogonale en cristal de roche faisant partie du butin du cambriolage. Elle a été interceptée rapidement par la police italienne. Mais comme il s’agissait d’une pièce mineure, j’ai proposé qu’on attende notre heure, qu’on laisse remonter un objet plus important et que là, on saisisse l’opportunité de réclamer les deux.» C’est ainsi que la tabatière de Louis de Sonnenberg et la boîte de montre en cristal de roche paradent ensemble dès aujourd’hui dans le péristyle des Beaux-Arts du MAH. Seuls trois objets ont été retrouvés à ce jour.

Visibilité entre 2015 et 2020

«Bon retour à la maison!» lance Sami Kanaan à l’adresse des deux merveilles rescapées. Le magistrat a tenu à souligner l’intérêt à la fois esthétique et historique de la tabatière dite «de Sonnenberg» pour la ville dont il est le maire. Jean-Yves Marin, directeur du MAH, a quant à lui salué la vigilance d’Estelle Fallet. «Lorsque j’ai pris mes fonctions, en 2009, j’ai téléphoné à Interpol pour savoir où en étaient les recherches, raconte-t-il. Un inspecteur m’a répondu: «Soyez patient! Les pièces feront leur apparition sur le marché entre 2015 et 2020.» Eh bien, il avait raison! Nous y sommes.»

Plus que jamais, Estelle Fallet est aux aguets. La conservatrice ne se sépare jamais de son catalogue illustré. «C’est mon outil de travail le plus indispensable», commente-t-elle. Chaque page de cette publication de la revue «Genava», qui recense les 174 objets volés en 2002, est ornée d’annotations et de petites photos attachées par un trombone. «Notre collection est riche de 20 000 pièces qui reflètent les activités de la Fabrique genevoise, ce réseau d’artisans qui a fait l’excellence de Genève. Évidemment, ce sont les plus beaux fleurons qui étaient exposés au musée et ont été dérobés. Je m’emploie à reconstituer l’ensemble. Chaque fois que je peux acheter une pièce identique ou équivalente, je le fais», explique Estelle Fallet. Qui peut alors accrocher une vignette de plus à son précieux catalogue.

«Les trois quarts de la collection volée ont été remplacés», estime la conservatrice. «Reste le dernier quart, le plus difficile. Il s’agit des pièces les plus chères et les plus rares.» Après le hold-up, les assurances ont versé à la Ville de Genève une indemnité de 10 millions de francs, affectés à la reconstitution de la collection.
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Christiane
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