Suisse : Retour de l'ibis chauve

Aller en bas

Suisse : Retour de l'ibis chauve

Message  Christiane le Ven 13 Avr - 14:43

Source : Tribune de Genève (12.04.2018)
On prépare le retour de l’ibis chauve en Suisse
En se lançant dans la reproduction de cet oiseau migrateur, le parc animalier de La Garenne soutient un programme de réintroduction de l’espèce dans nos Alpes.

Avec son crâne d’écorché vif, son plumet d’Indien sur la nuque, son long bec recourbé rouge et son plumage noir mordoré de vert et de bleu, l’ibis chauve ressemble à une espèce exotique. Or cet oiseau migrateur vivait autrefois dans les Alpes et le Jura.

Chassé pour sa chair, il a disparu d’Europe au XVIIe siècle et ne subsiste à l’état sauvage que dans quelques colonies sédentarisées dans un parc national du Maroc. Quatre individus nés en captivité à Bâle viennent de rejoindre l’ibis chauve vivant déjà dans la grande volière du parc animalier de La Garenne, à Le Vaud. Car le zoo vaudois va participer au programme international de réintroduction de cette espèce lancé il y a quelques années entre l’Autriche, l’Allemagne et l’Italie. L’institution vouée à la faune européenne a déjà fortement contribué aux lâchers dans la nature de gypaètes barbus, avec la naissance de 26 poussins. Elle espère obtenir des résultats tout aussi probants avec l’ibis chauve, espèce qui est en danger critique d’extinction.

Grégaire et sociable

D’après les expériences faites dans d’autres zoos suisses, l’ibis chauve se reproduit assez facilement en captivité. «Mais chez nous, les oiseaux partagent leur espace de vie avec d’autres espèces, comme les bouquetins, les marmottes et les vautours moines ou fauves. Arrivés il y a un mois, les ibis se sont bien acclimatés à cet espace traversé par le public. Mais il faudra voir s’ils s’adaptent à ces conditions pour se reproduire», explique Raoul Feignoux, biologiste à La Garenne. Le parc recevra encore quatre individus, ce qui portera à neuf, dont trois femelles, la petite colonie du parc.

S’il ressemble à un vautour, à cause de son crâne déplumé, l’ibis chauve ne se nourrit pas de cadavres. Son long bec courbé lui permet de fouiller les rochers et le sol à la recherche d’insectes, vers, limaces, lézards, petits oiseaux ou rongeurs. La femelle pond en moyenne deux à quatre œufs au printemps. «C’est un oiseau très sociable, peu farouche, ce qui a probablement causé sa perte», note Raoul Feignoux.

L’ibis chauve a depuis des années droit de cité au zoo de Goldau, dans le canton de Schwytz, avec une quinzaine d’individus, comme à ceux de Bâle ou de Zurich. Ces derniers ont déjà donné des œufs ou des jeunes ibis chauves au projet de l’Union européenne LIFE + Biodiversity, piloté par l’Équipe Ibis chauve Autriche, fondé en 2002 par le biologiste Johannes Fritz.

Mais aujourd’hui, l’association Zooschweiz – qui regroupe les zoos gérés scientifiquement de Bâle, de Zurich et de Gossau, les parcs animaliers de Berne, de Goldau, de La Garenne, de Zurich Langenberg, le Kinderzoo de Knie, à Rapperswil, et le Papiliorama de Chiètres – veut entrer de plain-pied dans la deuxième phase de ce projet. Elle va soutenir l’élargissement de ce programme de réintroduction à la Suisse. Car jusqu’ici, seuls huit partenaires venant d’Autriche, d’Allemagne et d’Italie participaient au projet lancé en 2013 dans le but de relancer la migration de plus de 120 ibis chauves entre les régions du nord des Alpes et la Toscane. Une première colonie de reproduction avait été établie en Bavière, à Burg­hausen, suivie de deux autres à Kuchl, près de Salzbourg, et à Überlingen, dans le Bade-Wurtemberg.

Dès 2014, les scientifiques ont accompagné plusieurs voyages de ces oiseaux migrateurs, au moyen d’ULM, vers leurs quartiers d’hiver en Toscane, vers la ville d’Orbetello (lire ci-dessous). Aujourd’hui, plus de 80 individus vivent à l’état sauvage. Le nouveau programme, qui doit s’étaler de 2020 à 2027, avec un budget global de 8 millions d’euros, vise à développer une population d’ibis chauves capable de survivre de manière autonome. Dans ce but, une trentaine d’ibis seraient relâchés chaque année. Mais il s’agira surtout de créer une première colonie nicheuse en Suisse. Elle pourrait être hébergée au Tierpark de Goldau, qui a déjà une expérience de plus de vingt-cinq ans en matière de reproduction et de conservation des ibis chauves, avec une bonne vingtaine d’oiseaux échangés et relâchés dans la nature, en Espagne notamment. Le programme comprend également des mesures contre la chasse illégale et la mortalité due aux lignes électriques.

Mais réintroduire une espèce disparue ne se fait pas sur un coup de tête. D’autant plus que l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) met en garde. Pour elle, le lâcher d’ibis provenant de zoos pour augmenter la population sauvage reste incertain. Les échecs connus en Turquie et en Israël en témoignent. En plus, il y aurait un risque de transmission de maladies aux populations sauvages.

Établir une colonie en Suisse

Zooschweiz est donc en discussion avec des organisations de protection des oiseaux, comme la Station ornithologique de Sempach ou Birdlife Suisse, pour déterminer le processus à adopter. Le concept, déjà pratiqué par les Autrichiens, pourrait être de réunir les jeunes nés dans les zoos suisses dans un conteneur qui leur permettrait de se familiariser avec les humains qui les accompagneront dans leur migration vers la Toscane. Ils seraient ensuite placés dans des sites de falaises, dans le Jura ou les Grisons, avec des ibis plus âgés qui les aideraient à fixer une colonie. «Fin août, ils migreraient selon un parcours qui passerait par un corridor à l’ouest des Alpes, par la Suisse romande et la France. Ils resteraient trois ans en Toscane, jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge adulte. Une fois revenus en Suisse, ils rejoindraient les falaises qu’ils connaissent», explique Roger Graf, administrateur de Zooschweiz, qui ne voit pas d’ibis s’établir en Suisse avant 2024.

Car pour lancer le programme, il faudra d’abord obtenir une autorisation de l’Office fédéral de l’environnement pour lâcher des ibis dans notre pays. Et si Berne accepte, demander une dérogation à l’Office fédéral de l’aviation civile. Car il faut se rappeler que les ULM sont interdits en Suisse! En attendant, mâles et femelles fraîchement arrivés à La Garenne auront le temps de faire connaissance et des petits qui s’établiront dans nos contrées.
avatar
Christiane
Admin


Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum