1878-1947 : Charles-Ferdinand Ramuz (écrivain)

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1878-1947 : Charles-Ferdinand Ramuz (écrivain)

Message  Christiane le Ven 9 Fév - 15:42

Source : Dictionnaire historique suisse

Etudes de lettres à l'université de Lausanne (1897-1900, licence). A Paris pendant l'hiver 1900-1901, Ramuz écrit un premier roman, qu'il ne publiera pas. De 1904 à 1914, il séjourne à Paris tout en participant à la vie littéraire romande: collaboration à La Voile latine, dont il est l'un des fondateurs, à La Semaine littéraire, au Journal de Genève, au Foyer romand, à la Gazette de Lausanne et à la Bibliothèque universelle. En 1903, il publie, avec succès, un recueil poétique Le petit village, suivi en 1905 de son premier roman Aline. Les circonstances de la vie (1907) sont nominées pour le Goncourt. A travers Aimé Pache, peintre vaudois (1911) et Vie de Samuel Belet (1913), il définit sa position particulière d'écrivain vaudois de langue française. Ramuz débute sous le signe de Flaubert et de Maupassant, mais il cherche à créer un roman poétique dans lequel le ton soit en accord avec la vision et la manière de parler de ses personnages proches du peuple. Il cherche aussi à définir le statut de l'artiste dans la société, lui conférant une mission d'ordre quasiment religieux, partir de l'élémentaire pour atteindre l'universel.

A son retour définitif en Suisse en 1914, Ramuz s'affirme comme l'écrivain majeur de sa génération: il écrit le manifeste (Raison d'être) des Cahiers vaudois. Ses modèles sont les peintres, en particulier Cézanne. Sa collaboration entre 1916-1918 avec Igor Stravinski aboutit à la création de chefs-d'œuvre comme Histoire du soldat (1918). Il renonce au roman explicatif qui présente le destin d'un individu, pour des récits à la tonalité plus épique, mettant en scène des communautés affrontées au problème du mal (Le règne de l'Esprit malin, 1917), du miracle (La guérison des maladies, 1917), de la guerre (Les signes parmi nous, 1919) ou de la fin du monde (Présence de la mort, 1922). Il renouvelle sa conception de l'art romanesque, en mettant l'accent sur la perspective subjective de ses personnages et en recourant à un narrateur récitant qui rappelle le coryphée de la tragédie antique. Il élabore également une nouvelle langue reproduisant dans son rythme et dans ses ruptures syntaxiques le langage parlé, ce qui lui vaut l'hostilité des puristes et d'une grande partie du public suisse et français.

Les années de l'après-guerre sont financièrement difficiles pour Ramuz, en dépit de l'appui généreux de Werner Reinhardt. Mais en 1924, il retrouve une audience parisienne grâce à Henry Poulaille, qui l'impose à l'éditeur Bernard Grasset, et grâce au témoignage de grands écrivains comme Claudel, Cocteau, Gide, Céline. A Lausanne, il trouve un mécène en la personne d'Henry-Louis Mermod, qui édite ses œuvres. C'est l'époque des grands romans: La grande peur dans la montagne (1926), La beauté sur la terre (1927), Adam et Eve (1932), Farinet (1932), Derborence (1934), Le garçon savoyard (1936), Si le soleil ne revenait pas (1937). Dans les années 1930, ses essais, Taille de l'Homme (1933), Questions (1935), Besoin de grandeur (1937), marquent l'aboutissement de sa réflexion politique, morale et esthétique. Cette œuvre considérable est enfin reconnue, notamment par le prix romand (1930) et le grand prix Schiller (1936); traduite en plusieurs langues, notamment en allemand et en italien, elle a en outre donné lieu à des interprétations cinématographiques. Les dernières années de Ramuz sont assombries par la guerre et la maladie, mais il a la joie de voir la parution de ses Œuvres complètes chez Mermod (dès 1940), où figurent de larges extraits de son Journal.



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Charles-Ferdinand Ramuz

Message  Christiane le Mer 28 Fév - 20:23

Le temps des engrangements
Texte figurant dans le Livret de famille du Canton de Vaud


Viens te mettre à côté de moi, sur le banc, devant la maison, femme, il va y avoir 40 ans qu’on est ensemble.

Ce soir, et puisqu’il fait si beau, et c’est aussi le soir de notre vie, tu as bien mérité, vois-tu, un petit moment de repos.

Voilà que les enfants à cette heure sont casés et s’en sont allés par le monde, et de nouveau on n’est rien que les deux, comme quand on a commencé.

Femme, tu te souviens, on avait rien pour commencer, tout était à faire, et on s’y est mis, mais c’est dur, il faut du courage, de la persévérance, il faut de l’amour et l’amour n’est pas ce qu’on croit quand on commence.

Ce n’est pas seulement ces baisers qu’on échange, ces petits mots qu’on se glisse à l’oreille, ou bien de se tenir serrés l’un contre l’autre. Le temps de la vie est long, le jour des noces n’est qu’un jour, c’est ensuite, tu te rappelles, c’est seulement ensuite qu’a commencé la vie. Il faut faire, c’est défait. Il faut refaire, et c’est défait encore.

Les enfants viennent, il faut les nourrir, les habiller, les élever, ça n’en finit plus. Il arrive aussi qu’ils soient malades; tu étais debout toute la nuit. Moi, je travaillais du matin au soir.

Il y a des fois qu’on désespère et les années se suivent et on n’avance pas.

Il semble souvent qu’on revient en arrière. Tu te souviens, femme, tous ces soucis, tous ces tracas.

Seulement, tu as été là, on est resté fidèle l’un à l’autre, et ainsi, j’ai pu m’appuyer sur toi, et toi, tu t’appuyais sur moi.

On a eu la chance d’être ensemble. On s’est mis tous les deux à la tâche, on a duré, on a tenu le coup. Le vrai amour n’est pas ce qu’on croit, le vrai amour n’est pas d’un jour, mais de toujours.

C’est de s’aider, de se comprendre, et peu à peu, on voit que tout s’arrange.

Les enfants sont devenus grands, ils ont bien tourné, on leur avait donné l’exemple. On a consolidé les assises de la maison, que toutes les maisons du pays soient solides et le pays sera solide, lui aussi.

C’est pourquoi, mets-toi à côté de moi et puis regarde, car c’est le temps de la récolte, et le temps des engrangements.

Quand il fait rose, comme ce soir, et une poussière rose monte partout entre les arbres, mets-toi tout contre moi, on ne parlera pas, on n’a plus besoin de rien se dire, on n’a besoin que d’être ensemble encore une fois, et de laisser venir la nuit dans le contentement de la tâche accomplie.

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Charles-Ferdinand Ramuz

Message  Christiane le Mer 28 Fév - 20:26

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