Fribourg : Sur les pas de Saint-Exupéry

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Fribourg : Sur les pas de Saint-Exupéry

Message  Christiane le Lun 23 Oct - 8:00

Source : Migros Magazine (19.10.2017)
Il y a un siècle, entre 1915 et 1917, le célèbre auteur du «Petit Prince» a étudié durant deux ans à Fribourg. Un séjour heureux, loin du fracas du premier conflit mondial et où il a trouvé des sources d’inspiration de son œuvre à venir.

Fribourg, pour Saint-Exupéry, a été comme un nuage où le jeune Antoine s’est posé en apesanteur pour jouir encore un peu de l’enfance, apprendre l’amitié et devenir un homme.» C’est par cette métaphore que l’historien Alain-Jacques Tornare résume le séjour de l’auteur dans la ville. Pour s’en imprégner et suivre les pas du célèbre auteur-aviateur, notre guide, Caroline Souverain Cochard, nous invite à plonger dans les années tourmentées de la Grande Guerre. Nous sommes en novembre 1915. Chaque jour, des milliers de soldats tombent au front dans la boue froide des tranchées. Antoine a 15 ans et mesure déjà plus d’un mètre quatre-vingts. Il est le troisième enfant d’une fratrie de cinq. Le père de cette famille issue de la noblesse est décédé depuis une décennie et sa mère craint que la guerre n’attrape aussi Antoine et son frère François, né en 1902. «Et qu’Antoine de Saint-Exupéry s’engage dans la guerre et finisse comme Charles Péguy ou Alain Fournier, l’auteur du Grand Meaulnes.» Les frères religieux français marianistes viennent d’ouvrir la Villa Saint-Jean à Fribourg, ville catholique qui a déjà les faveurs de l’aristocratie française.

Les deux frères sont arrivés quinze jours après le début de l’année scolaire. La gare se situe à côté de l’actuelle, grâce à la construction du viaduc de Grandfey entre 1857 et 1862, ouvrage majeur de la ligne de train entre Lausanne et Berne. «Fribourg est alors une ville qui change et s’ouvre avec l’industrialisation, notamment grâce à la création du boulevard de Pérolles, d’inspiration parisienne, qui demande d’importants travaux de comblement au-dessus de la Sarine.» Sur le plateau du même nom, se fabriquent des wagons et des rails, du bois et du chocolat avec la fabrique Villars, devant son nom à son emplacement situé sur Villars-sur-Glâne grâce à un accord entre les deux communes.

L’éveil d’une vocation
Au détour du boulevard de Pérolles, nous voici devant le Collège Sainte-Croix où s’élevait jadis le complexe scolaire de la Villa Saint-Jean, «pensionnat français de jeunes gens». L’auteur écrit à sa mère: «Je me plais ici. C’est un peu sévère, mais il y a chez tous un grand souci de justice.» Du pensionnat lui-même, il ne reste que la bâtisse de la Villa Gallia, où des élèves se pressent encore en classe dans une ambiance qui semble d’époque. «Etre homme, c’est précisément être responsable. C’est sentir, en posant sa pierre, que l’on contribue à bâtir le monde», déclare la plaque commémorative sur la façade. Une petite rue porte le nom de Saint-Exupéry, dont les Fribourgeois chérissent, paraît-il, le court mais fondateur passage. «Je suis au collège. J’ai quinze ans. Je résous avec patience mon problème de géométrie (…), je suis studieux et tranquille», écrit-il dans Pilote de guerre, alors exilé à New York. Les historiens s’accordent à dire que le jeune homme n’était ni très bon élève ni très sportif, un peu embarrassé par une enveloppe trop volumineuse pour lui. Mais il excelle en philosophie et en composition française, découvre Lamartine et Baudelaire, veut devenir poète à son tour. Il joue également au foot contre de petits Fribourgeois. Facétieux et rêveur, volontiers la tête dans les étoiles déjà, il lie ici de profondes amitiés, avec notamment Charles Sallès, qu’il retrouvera pendant les vacances du côté de Saint-Maurice-de-Rémens, entre Lyon et Genève, où il passe ses plus belles vacances.

Un attachement particulier à la ville
Malgré le décès soudain de François en 1917, qui le précipitera dans l’âge adulte, Antoine de Saint-Exupéry a été heureux ici, dans cette petite ville entourée de campagne, loin des fracas terribles du monde. «Fribourg a été l’une des rares villes où il est revenu, en l’occurrence en 1927», raconte Caroline Souverain Cochard en traversant le chemin des Fougères, entouré d’autres belles maisons cossues. Nous voici déjà dans le bois de Pérolles, dont les grands arbres rappelaient à Saint-Exupéry ceux du château de Saint-Maurice-de-Rémens. L’auteur aime la nature et tout spécialement les arbres. Dans Courrier sud, il évoque une «villa blanche entre les pins» et «cette étude où nous écrivions nos poèmes», références à la Villa Saint-Jean et son environnement verdoyant.

La promenade passe par le célèbre sentier Ritter, chemin forestier qui domine le lac de retenue de Pérolles, aujourd’hui réserve ornithologique réputée. Le Groupe E gère désormais le barrage de la Maigrauge, créé en 1872 sur la Sarine par Guillaume Ritter. Le «génie inventif de Fribourg» construit ici le premier barrage en béton d’Europe qui approvisionnera la ville en eau potable. «Et aussi, grâce à un étonnant système de câbles télédynamiques, les industries du plateau.»

Il faut admirer en passant les falaises dominant la Sarine que le poète adorait. Emprunter la promenade de la Maigrauge qui longe l’abbaye du même nom, austère enceinte de silence et de prière depuis le XIIIe siècle. Un peu plus loin, par le chemin et le pont de la Motta, le promeneur aperçoit les célèbres bains datant de 1923 et leurs charmantes cabines d’époque. Nous voici dans la Basse-Ville. Au loin, sur les hauteurs, se dessinent l’arrière de l’Hôtel-de-Ville et la tour de Saint-Nicolas. Le charmant petit pont Saint-Jean franchi, on aperçoit sur la gauche la Neuveville, l’ancien quartier des tisserands. Nous entrons dans la Planche-Supérieure, son ancien grenier à blé qui abrite actuellement le service d’archéologie fribourgeois ou encore la célèbre Commanderie de Saint-Jean, bâtie au milieu du XIIIe siècle pour les chevaliers hospitaliers de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, où est situé désormais le Service des biens culturels cantonaux. Sur la fameuse place en triangle et en dévers trône une des fontaines dont Fribourg regorge, celle de Jean-Baptiste. «Il faut se souvenir que Fribourg s’est constituée comme d’autres cités de l’époque par quartiers liés à des corporations. Ici étaient les tanneurs blancs ou chamoiseurs», auxquels Jean-Baptiste est associé. En descendant vers la Planche-Inférieure, d’antiques réverbères à gaz bordent le chemin pavé. «Les becs de gaz encore en fonction sont devenus très rares», relève notre guide. Peut-être leur présence inspira-t-elle à Saint-Exupéry la 5e planète que visite le Petit Prince, celle de l’allumeur de réverbères…

Nous remontons vers Saint-Pierre par le funiculaire construit en 1899, le premier funiculaire à contrepoids d’eaux usées de Suisse. Une technologie avant-gardiste qui a beaucoup plu à Saint-Exupéry selon l’historien Alain-Jacques Tornare. Dernière halte devant le Collège Saint-Michel où le poète suivait en partie ses cours et dont les escaliers couverts rappelaient au jeune Antoine les traboules (passages couverts entre les cours des immeubles, ndlr.) de Lyon, sa ville natale. Que les horreurs de la guerre devaient sembler loin.

https://www.migrosmagazine.ch/sur-les-pas-de-saint-exupery-a-fribourg
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Christiane
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