Genève : Pierre de Coubertin

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Genève : Pierre de Coubertin

Message  Christiane le Ven 8 Sep - 16:35

Source : Tribune de Genève (07.09.2017)
Le père de l’olympisme enfin honoré sur le lieu de sa mort

La plaque flambant neuve date de mercredi. L’événement funeste qu’elle commémore remonte, lui, à 1937. Le jeudi 2 septembre de cette année-là, en début d’après-midi, un homme bien dans son âge entame sa promenade digestive dans le parc La Grange. Son pas est léger comme le repas qu’il vient de prendre dans une pension de la ville. Ancien sportif émérite (boxe, escrime, équitation, aviron), ce marcheur encore inconnu est «impeccablement vêtu», la distinction aristocratique se vérifiant dans le port de «guêtres grises» et d’une «grosse perle» au niveau du nœud de cravate.

C’est cela que remarque d’abord le gendarme du poste des Eaux-Vives, qu’un passant est allé chercher en courant avec son chien, après avoir découvert un corps couché dans l’herbe, en bordure de chemin remontant vers le cordon boisé du parc. Les guêtres, la perle et ces yeux grands ouverts qu’il faut maintenant fermer car le cœur a cessé de battre. Crise cardiaque, mort subite d’un baron.

Mis en terre à Lausanne

A ce geste humain et respectueux, le policier ajoute celui, plus technique, de fouiller les poches du défunt. Il en extrait un portefeuille et découvre, impressionné, l’identité de son détenteur: Pierre de Coubertin, secrétaire général de l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques, rénovateur des Jeux olympiques. Le président historique du Comité international olympique (CIO), c’est lui; l’inventeur des cinq anneaux représentant les cinq continents, c’est encore lui.

Le gendarme René Grandchamp prend la mesure de l’événement, accompagne le corps de son illustre trépassé jusqu’à la chambre mortuaire de Plainpalais. Il sera ensuite mis en terre au cimetière du Bois-de-Vaux à Lausanne, dont il était bourgeois d’honneur, tandis que son cœur est conservé à Olympie, dans une urne scellée, déposée dans un monument érigé à sa mémoire.

Et à Genève, que reste-t-il de cet épisode tragique, mis à part un certificat de décès dans les archives de l’Etat civil? Rien jusqu’à la fin des années 90. Retraité mais bien vivant, le gendarme de l’époque, qui a fini sa carrière comme adjudant-chef, reçoit un beau matin un téléphone du CIO. Juan Antonio Samaranch, le président en exercice – il y restera pendant vingt-et-un ans, signant le deuxième règne le plus long à la tête du CIO, après justement celui du baron fondateur des Jeux de l’ère moderne, en poste, lui, de 1896 à 1925 – convoque René Grandchamp, car il veut tout savoir de la disparition genevoise de Pierre de Coubertin.

Un mélèze en 2000

L’entrevue a beau être privée, elle débouchera sur une initiative publique: la plantation en 2000 d’un mélèze à l’endroit où est mort le baron. Un simple écriteau, accroché à l’arbre, signalait sobrement cet épisode peu connu. Depuis, le panneau explicatif a été vandalisé sans être jamais remplacé. Le gendarme meurt à son tour en 2005. Même si le mélèze est de «bonne tenue», il ne racontait plus rien à personne.

Il vient enfin de reprendre du service symbolique, grâce à la pugnacité d’une société de vétérans en uniforme, celle des retraités du corps de police de Genève, dont les 575 membres fêteront leur centenaire commun en novembre. L’actuel président, Jean-Pierre Eracle, s’est battu comme un marathonien (il a couru dix fois la distance en compétition officielle) pour que l’on installe une «plaque épigraphique» de meilleure allure, soit un totem métallique planté sur un petit socle pavé, montrant le visage souriant du baron moustachu, ses fameux anneaux en cinq couleurs et un texte gravé indiquant la date et le lieu de cette mort olympique. La Commission des monuments, de la nature et des sites, réputée pour son olympisme pointilleux, a fait changer le portrait, avant de donner son accord du bout des lèvres.

Les lèvres se sont ainsi déliées ce mercredi, à l’heure de la promenade digestive, prononçant quelques jolis discours au pied du mélèze, sans tapage ni «réclame», bien dans l’esprit de ce vieil aristocrate discret et peu porté sur les mondanités. Le président Eracle, un nom de demi-dieu à lui seul, a dit son plaisir d’être là («Cela me réchauffe l’âme») et rappelé l’une des devises du baron: «Soyons joyeux!»

Le maire de la Ville de Genève, Rémy Pagani, l’était à sa façon, détendu et bronzé, observant au passage que «c’est à lui, Pierre de Coubertin, que l’on doit, à quelque part (sic), tous ces gens qui courent dans nos villes.»

Au même moment, dans son dos, une joggeuse traversait d’une foulée élégante la pelouse du parc. Comme une contradiction bienvenue au milieu de cette réunion majoritairement masculine, faisant l’éloge d’un visionnaire qui avait imaginé plein de choses pour fortifier l’idéal olympique, excepté l’avènement du sport féminin.

https://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/Le-pere-de-l-olympisme-enfin-honore-sur-le-lieu-de-sa-mort/story/22665154
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Christiane
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